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CTKstudio

Le Journal

Neuf sites, six adresses, dix-neuf ans

·7 min de lecture

Le site que vous êtes en train de lire est la neuvième version du nôtre.

La première datait de 2007. Du HTML écrit à la main sous FrontPage, des tableaux pour tenir la mise en page, et une fierté démesurée le jour de la mise en ligne. Entre cette page-là et celle-ci, il y a eu du WordPress, beaucoup de WordPress, et surtout dix-neuf ans pendant lesquels le métier a changé trois ou quatre fois selon la manière dont on compte.

Le plus simple pour raconter ça, c'est de le faire par les adresses. Parce qu'on n'a jamais déménagé par hasard. À chaque fois, quelque chose avait bougé avant nous : le support, l'outil, ou la ville elle-même.

2007, Notre-Dame du Mont : du papier partout

CTKstudio démarre au cœur de Notre-Dame du Mont. Très vite, une collaboration étroite avec Popcom, la plus grosse boîte de com de la région à l'époque.

Le métier, à ce moment-là, c'est du print. Presque exclusivement. Affiches, flyers, cartons d'invitation. Et un terrain de jeu qui n'a rien d'anodin : la nuit. Boîtes, festivals, bars, restaurants, soirées. On finit par faire la com d'une bonne partie de la nuit du Sud.

Un site web, en 2007, c'est une carte de visite qu'on met en ligne et qu'on ne touche plus pendant deux ans. Le nôtre était écrit à la main, balise par balise. Personne ne se demandait à quoi il ressemblerait sur un téléphone : la question n'existait pas encore.

On apprend là quelque chose qu'on n'a jamais désappris. Une affiche qui ne se voit pas de l'autre bout de la rue ne sert à rien. Le design a une fonction : il fait venir des gens quelque part, ou il ne fait rien.

2008, Sainte-Anne : l'arrivée des écrans

On s'installe dans les locaux de Popcom, à Sainte-Anne. Trois ans qui ressemblent à une école accélérée.

C'est là que ça commence à me démanger. Le print marche très bien, les clients sont là, tout va bien. Et pourtant quelque chose se déplace. Les réseaux sociaux arrivent pour de bon, et pour qui fait de l'événementiel, c'est un séisme : une soirée se remplit désormais sur un écran, plus avec une pile de flyers posée sur le comptoir d'un bar.

En parallèle, WordPress devient sérieux. Le site cesse d'être une plaquette figée pour devenir quelque chose que le client peut mettre à jour lui-même. Ça change ce qu'on peut vendre, et surtout ce qu'on doit savoir faire.

Alors on fait évoluer les offres, doucement, avec du web dedans. Personne ne nous le demandait encore. C'est exactement pour ça qu'il fallait le faire.

2011, la Joliette : avant tout le monde

On pose nos bureaux quai de la Joliette. À ce moment-là, il faut se le rappeler, personne n'y va. C'est un quartier en travaux, bruyant, poussiéreux, et on nous regarde de travers quand on donne l'adresse.

On a parié qu'il deviendrait le centre d'affaires de Marseille. On a eu raison, et on l'a payé en années de chantier.

Ce sont trois années folles. Marseille est capitale européenne de la culture, la ville est en ébullition, et nous on pivote pour de bon. Le e-commerce devient une demande courante : on monte des boutiques sous Magento et sous PrestaShop, on apprend la logistique, les moyens de paiement, les tunnels d'achat. On découvre qu'un site marchand ne se juge pas à sa beauté mais à ce qu'il vend. La même leçon que les affiches, quatre ans plus tôt.

Les réseaux sociaux, eux, deviennent un métier à part entière. Plus un canal en plus : une discipline, avec ses codes, ses formats et ses budgets.

Les bureaux ne désemplissent pas. On y boit des cafés, on y mange, on y joue à la PlayStation entre deux livraisons. C'est probablement le moment où on a le plus ressemblé à ce qu'on appelle aujourd'hui une startup. Sans le vocabulaire et sans les levées de fonds.

2014, rue de Rome : le mobile prend le pouvoir

Le quartier qu'on avait vu venir arrive. Avec lui, les loyers, et surtout des charges qui n'ont plus aucun rapport avec la réalité. On plie bagage.

Retour en plein centre, à l'angle de la rue de Rome et de la rue Grignan. Une artère qui bat, à deux pas des vitrines Hermès et Vuitton, un quartier chaleureux où l'on croise du monde en descendant chercher un café.

Côté métier, c'est le basculement vers le mobile. Google se met à favoriser les sites adaptés aux téléphones, et du jour au lendemain, un site non responsive n'est plus seulement daté : il coûte des positions. On en refait des dizaines pour cette seule raison. Dans le même temps, la portée gratuite sur les réseaux s'effondre, et il faut expliquer aux clients que ce qui était offert hier se paie aujourd'hui.

Puis la ville s'en mêle. Piétonisation, tramway, travaux. La rue de Rome devient inaccessible. Le sang ne circule plus. On tient jusqu'en 2017, et on part.

2017 : sept ans sans bureaux

CTKstudio passe en full remote. Sur le papier, c'est la période la plus solide de notre histoire. Plus de dix collaborateurs, une activité qui ne retombe jamais, un pic pendant le COVID quand tout le monde découvre d'un coup qu'un site web n'est pas un accessoire. Branding, sites, e-commerce, marketing : le positionnement est validé au-delà de ce qu'on espérait.

Le e-commerce, lui, change de visage. Les plateformes hébergées prennent le dessus sur les boutiques auto-hébergées, et choisir devient une vraie question de conseil plutôt qu'un réflexe technique. La vitesse, de son côté, cesse d'être un détail d'ingénieur pour devenir un critère de référencement à part entière.

C'est aussi, très honnêtement, la période la moins agréable.

Le remote fonctionne. Il fait juste disparaître tout le reste. Les discussions à la machine à café, la maquette qu'on montre par-dessus l'épaule, la vanne qui détend une journée pourrie. On livrait bien. On travaillait seuls.

2023, Michelet : trop calme, et l'IA qui débarque

On rouvre des bureaux boulevard Michelet, à deux pas du Vélodrome. Pas si loin, finalement, des tout premiers de Sainte-Anne. Lumineux, ensoleillé, silencieux.

Trop silencieux. Et excentré. On avait récupéré le lien humain, on avait perdu la ville.

C'est pourtant là que le sujet suivant nous tombe dessus. L'IA générative sort des laboratoires et arrive dans les mains de tout le monde, y compris de nos clients. On la prend pour ce qu'elle est : un outil de plus, redoutable sur les tâches répétitives, et parfaitement incapable de décider à notre place ce qui fait qu'une marque ressemble à quelqu'un.

2025, rue Paradis : le bruit retrouvé

Début de la rue Paradis. Le brouhaha, les klaxons, les gens qui passent, l'énergie du centre-ville. On est revenus là où ça vit.

Et l'IA a changé de statut chez nous. Elle n'est plus seulement un outil qu'on ouvre quand on en a besoin : elle automatise des pans entiers de ce qui nous mangeait du temps sans rien apporter à personne. Les tâches ingrates partent à la machine. Le reste ne bouge pas d'un pouce : comprendre un métier, trouver l'angle, trancher, dessiner.

C'est le même mouvement qu'en 2008 avec le web, ou qu'en 2011 avec le e-commerce. Un outil nouveau ne remplace pas le métier. Il déplace l'endroit où le métier a de la valeur.

2026 : pourquoi cette version-ci

Nos huit sites précédents avaient un point commun : ils étaient courts. Le dernier en date était un one-page, dans le style des landing pages d'application. Joli, rapide à lire, et parfaitement muet sur l'essentiel.

Un one-page vous dit qu'on est un studio créatif à Marseille. Il ne vous dit pas comment on travaille, ce qui se passe entre le premier appel et la mise en ligne, ce qu'on facture et pourquoi, ni ce qu'on a réellement livré à qui.

Cette version-là dit tout ça. Notre méthode est détaillée étape par étape. Nos tarifs sont publics. Nos réalisations sont racontées avec leur contexte, pas juste une image et un nom de client.

Vu de loin, dix-neuf ans dessinent une règle assez simple : le support change tous les cinq ans, le métier ne change pas. Le papier, puis le site, puis la boutique en ligne, puis le téléphone, puis les machines qui écrivent. À chaque fois la même question, posée autrement. Qu'est-ce qui fait qu'on vous choisit vous plutôt qu'un autre, et comment on le rend visible.

Six adresses, quatre révolutions et neuf sites plus tard, on a fini par comprendre un truc : le meilleur argument, c'est d'expliquer franchement ce qu'on fait. Le reste suit.

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